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Le risque de crue sur le bassin de la Garonne


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Bonsoir à tous,

 

 

Pour sûr, les conditions de crues sont réunies sur le bassin de la Garonne comme il y a bien longtemps que c'était arrivé.

On peut en citer trois principales:

 

Tout d'abord, et en premier lieux, les pluies particulièrement importantes de cette seconde partie de l'hiver.

A cette période de l'année, cette pluie devient rapidement « efficace » pour le prévisionniste de crue; elle correspond au ruissellement et à l'infiltration favorisés par l'absence d'évapotranspiration (sans végétation) et avec un ensoleillement au plus bas au coeur et en fin d'hiver.

Ainsi, les sols sont rapidement saturés et la moindre pluie « va à la rivière ». C'est le cas cette année. L'application SIM (Safran Isba Modcou) de METEO FRANCE dresse une cartographie de l'évolution de cette saturation.

Pour le prévisionniste, il s'aperçoit tôt ou tard que la pluie mesurée, même faible, fait rapidement réagir ses rivières; c'est un indice incontournable surveillé de très près.

 

La neige en montagne, ensuite; extraordinanirement abondante cette année tout au long de l'hiver notamment sur l'ouest et surtout le centre des Pyrénées et dans une mesure moindre vers l'est et les PO. Au 28 février le stock nival qui atteignait parfois 4 mètres au dessus de 2000 mètres, est le plus important depuis 1959.

Fait peu courant ces 20 ou 30 dernières années, en basse montagne vers 1100 mètres, les quantités de neige sont exceptionnelles !

 

En troisième position, on peut citer les retenues et les barrages pour les causes évoquées ci-dessus; ils sont pleins à craquer. Malgré des « lâchers » régulant le débit, la réserve et surtout la charge des barrages, le niveau maximal se refait rapidement comme s'ils faisaient le plein en permanance.

Dans cette configuation, peu de chance de freiner une crue; les vannes devront rester ouvertes.

 

Une fois ces conditions réunies, la fusion de la neige à elle seule ne provoque pas de crues majeures mis à part quelques montées en têtes de bassin.

Comme déclencheurs, la pluie durable ou plusieurs passages pluvieux (en plaine et percolant sur la neige en montagne) avec du redoux intercalé (air chaud en altitude) seraient certainement catastrophiques bien que la neige, maintenant stabilisée, soit lente à fondre.

 

On retrouverait là les circonstances des grandes crues historiques de la Garonne et de ses affluents qui s'affichent toujours entre la fin d'hiver et la fin du printemps: juin 1875, mars 1930, février 1952... C'est cette dernière (crue trentenale) qui a abouti à la construction des digues de la Garonne à Toulouse. La dernière remonte à juin 2000.

 

Donc pas d'alarme particulière pour l'instant mais pendant quelques mois une grande vigilance au niveau des pluies à venir, du redoux en altitude, du débit des rivières et de la saturation des sols.

Un printemps plus sec, une fonte nivale lente et progressive sans redoux marqué, un « pompage » naturel de la végétation en réveil lèveraient alors les inquiétudes.

 

A partir de là, c'est l'affaire des prévisionnistes; je vous fais grâce des traitement de données, des systèmes complexes de prévisions et des critères croisés mis en oeuvre dans les SPC et au SCHAPI

(Service Central d’Hydrométéorologie et d’Appui à la Prévision des Inondation situé dans le campus de METEO FRANCE à Toulouse).

En tout cas ça a été pour moi un challenge et un véritable plaisir de participer, avec mes collègues, à la construction du SPC Garonne depuis les le début des années 2000.

 

 

 

http://img51.imageshack.us/img51/5492/sn0763090.gif

 

On observe ci-dessus la répartition des pluies pour le 1er trimestre très arrosé de 2013 notamment du 11 janvier au 11 février.

Nous sommes passés rapidement d'un déficit à un excédent de 88mm pour cette période.

Nette accalmie toutefois depuis la mi février; si elle se poursuit, le risque de crues s'affaiblira au cours du printemps.. 

 

 

http://img9.imageshack.us/img9/5159/simqw.png

 

Ci-dessus, l'équivalent en eau du manteau neigeux des 1000 mètres d'altitude (saison actuelle en rouge). La barre est très haute puisque on dépasse en basse altitude le maximum pour la période 1959/2010 !

 

http://img248.imageshack.us/img248/1360/schemacrues.jpg

 

Répartition des crues importantes (au delà de 4m) à Toulouse Pont Neuf.

La première à 8.32m est la crue centenale historique de juin 1875 qui avait fait plus de 200 morts dans le quartier Saint Cyprien à Toulouse.

C'est relativement à cette cote de 8.32m qu'a été dimensionnée la hauteur des digues qui protègent la ville mais c'est la crue de 1952 qui a "emporté" la décision de les construire.


 

http://img832.imageshack.us/img832/7094/illus2.jpg

 

Pour terminer, une petite abaque pratique indiquant les limites d'un déplacement à pied ou d'une posture débout pour un adulte et un enfant dans un courant d'eau de hauteurs et de vitesses différentes.

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Bonsoir à tous,

 

En mettant de l'ordre sur mon disque dur, j'ai retrouvé cet histogramme de pluie type qui fait la part entre la lame d'eau totale et la lame d'eau ruisselée en fonction du taux d'infiltration lors d'un épisode pluvieux. On s'en servait pour les formations de base.

 

Comportement d'un histogramme de pluie par rapport à son écoulement (eau ruisselée)

 

Dans la progression d'un épisode de pluie et de son incidence dans le sol, il arrive à un moment donné que l'hydrogramme, dans sa phase montante, franchisse le seuil de submersion (dès que le sol est saturé).

 

Dès lors, la pluie en excédant par rapport au sol, « ruisselera »; il s'agit de la pluie nette (en bleu).

Lorsque la pluie s'atténuera, son histogramme croisera à nouveau le régime d'infiltration (lissé par le traitrouge) et le sol commencera à se dessaturer (histogrammes à nouveau blancs) et acceptera mieux les quantités de pluies sans les faire ruisseler.

 

On s'aperçoit toutefois que le régime d'infiltartion est nettement plus bas qu'au début de l'épisode.

A partir de là, toute nouvelle pluie atteindra le seuil de submersion plus rapidement et l'écoulement à la rivière en sera plus rapide et plus marqué.

 

J'ai également retrouvé quelques hydrogrammes types que j'avais montés pour les formations et que j'avais présentés en compagnie de Christophe Calas (ingénieur METEO FRANCE ex SCHAPIen que je salue au passage) lors d'un exposé sur les crues (autour d'un micro avec Joël Collado) en 2009 à la cité de l'Espace.

Si ça interesse, je peux les mettre en ligne...

 

 

http://img543.imageshack.us/img543/9503/typesdepluie.jpg

 

 

Edited by Jean-Louis
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  • 2 weeks later...

Bonsoir à tous,

 

 

Touche finale pour cette suite de documents relatifs aux crues.

Il s'agit d'hydrogrammes types schématisés qu'un prévisionniste de crues peut rencontrer mais il en existe une multitude en fonction du comportement particulier de chaque rivière (relief, morphologie, type de sol et de précipitations, végétation, saturation du sol, saison etc...).

Ils sont issus de nombreuses archives; je les avais adaptés et  mis en forme dans le cadre d'une formation des prévisionnistes

Je les avais également co présentés  avec Christophe Calas en compagnie de Joël Collado à la cité de l'espace.

 

Ces documents ne sont peut-être pas très lisibles; pas facile de les mettre en forme sur le forum.

Vous me direz si problèmes

 

http://img198.imageshack.us/img198/8209/gnral2i.jpg

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